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La banane à Cuba

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Dans le cadre du Séminaire scientifique sur le contrôle de la cercosporiose du bananier dans la région Caraïbe qui s’est tenu à la Havane, du 18 au 21 mars 2013, à l’initiative du Cirad, de l’UGPBAN et de l’IT2, nous vous proposons un point sur la banane à Cuba.

Ce « fruit-légume » fait en effet partie de l’alimentation quotidienne de la population cubaine et les plantations sont soumises à la pression de la cercosporiose depuis 1990… Dans un contexte toutefois bien différent de celui des autres pays de la Caraïbe !

Banane cuba1En 1990, la Maladie des raies noires, ou cercosporiose noire, arrive à Cuba, dans la province orientale. A l’époque, Cuba est un pays producteur de banane majeur dans la Caraïbe ; toutefois depuis 1960 et l’embargo décrété par les Etats-Unis, aujourd’hui toujours en vigueur, elle n’exporte pas sa production de 80 tonnes de Cavendish vers l’Amérique, jadis débouché privilégié de ses productions phares. Les pays du bloc socialiste étaient alors, comme l’explique le docteur Luis Pérez, phytopathologiste cubain de renom, « notre marché naturel, ils finançaient notre production »… un bloc socialiste qui s’effondre à la même époque, privant le marché cubain de son débouché majeur. Pendant 5 ans, la production de Cavendish est maintenue grâce à l’introduction de technologies nouvelles et d’applications de produits. Toutefois, maintenir les 15000 ha de Cavendish coûte 2 millions de dollars. A fonds perdus puisque cet investissement ne peut même pas être récupéré grâce aux exportations.

 

Par ailleurs du fait de l’embargo, l’importation de produits de traitement ou de fertilisation est quasi impossible. Nécessité fait loi. « Nous avons dû nous adapter dans l’impossibilité où nous étions de faire autrement, poursuit le docteur Pérez. Nous avons donc changé notre regard et mis en place le programme de plantation de la variété hybride, FIAH, une variété venue du Honduras grâce à un programme devenu public. Auparavant il appartenait en propre à Chiquita ». Ce programme permet de produire des bananes à partir de bananiers partiellement résistants à la maladie, mais qui ne sont pas adaptées à l’exportation. La consommation locale, à très court terme, étant le marché unique de Cuba, le problème ne se pose pas dans les mêmes termes qu’aux Antilles françaises par exemple, ou qu’aux WinWards (Sainte Lucie, Saint Vincent...).

Sur les 15000 ha plantés d’hybrides partiellement résistants, à la fois en bananes dessert et en plantains, les cubains n’appliquent aucun traitement, aucune fertilisation autre que naturelle. Le goût et l’aspect de ces bananes, moins sucrées et plus riches en amidon, sont toutefois bien éloignés de la Cavendish, nécessitant pour être acceptés un vrai changement de mentalité et d’habitude chez les consommateurs. Un écueil surmonté à Cuba où les autres variétés de banane n’existent pas !
Mais la lutte continue. D’autant que ces variétés résistantes sont peu à peu, elles aussi, atteintes par la maladie. « Chaque semaine nous avons une feuille supplémentaire à protéger. Nous devons donc être très efficaces, adapter les moyens de lutte. C’est un grand défi : identifier des produits bio, des antifongiques naturels efficaces, peu coûteux et disponibles à grande échelle. In vitro, nous avons de bons résultats. Mais le problème actuel est d’aller au champ sur le terrain avec »...

Dans le cadre du séminaire scientifique à Cuba, une visite d’exploitation à Artemisa.

Dans la province d’Artemisa à une cinquantaine de km de La Havane, Felix Oceguera produit des bananes à partir de plants partiellement résistants et sans intrants : un peu de chlorure de potassium et du compost naturel. Son rendement : 37,5 tonnes à l’hectare. Il est passé de la Cavendish à la Victoria pour enfin venir à la FIAH 01 (banane dessert) et la FIAH 25, privilégiée pour la cuisson. « J’ai commencé avec des vitro-plants, explique le producteur, et puis avec les bourgeons de mes propres plantations, à raison de 1500 pieds à l’hectare et des lignes doubles pour une plantation permanente ». La plantation est en première ligne sur le passage des ouragans, et doit résister à des vents fréquents tout autant que violents qui brisent les feuilles. Les variétés utilisées se doivent donc d’être également résistantes… au vent ! Sur la plantation, les feuilles des bananiers apparaissent fortement atteintes par la maladie, comme le constatent les producteurs et chercheurs venus de Guadeloupe et de Martinique. La pression de la maladie est toutefois bien moindre : les mûrs précoces qui constituent une des contraintes majeures de la cercosporiose noire à l’export n’ont qu’un faible impact sur une production vouée à être vendue et consommée à quelques jours de la récolte. Etonnement aussi pour les producteurs des Antilles françaises de constater que les exploitations ne comportent pas de station d’emballage ;les régimes sont en effet sitôt coupés, chargés sur une remorque et vendus en l’état, généralement au régime.

La Cavendish existe bel et bien à Cuba !

Une plantation de 400 hectares produit de la Cavendish, qui bénéficie de traitements aériens contre la cercosporiose. La production est vendue aux hôtels pour la consommation des touristes aux goûts beaucoup trop éloignés de l’actuelle banane dessert que consomment les cubains. L’entreprise reçoit en échange de l’argent qui permet de maintenir la production de cette variété.

Les pistes suivies par la recherche cubaine :

Lilian Morales est chercheuse en phytopathologie à l’INIVIT (Institut de recherche cubain), et membre du projet Cabaré. Elle travaille à l’amélioration de la résistance des bananiers. « Deux hybrides ont déjà été approuvés dans le cadre du plan Cabaré et deux autres hybrides sont actuellement étudiés. Ils pourraient être une alternative viable pour la gestion de la cercosporiose noire dans la Caraïbe, en banane dessert d’exportation. Ils sont prometteurs en termes de tolérance aux maladies, en termes de rendement, et acceptables d’un point de vue gustatif. A partir du mois de juin, nous en commençons la culture à Cuba et en République Dominicaine ».

Des pistes de recherche existent à Cuba, en termes d’OGM : produire une banane génétiquement modifiée dont les caractéristiques lui permettraient de résister aux maladies et notamment la cercosporiose noire. Une piste de recherche que les partenaires européens ne retiennent pas pour le moment. « Si nous gardons la Cavendish en tant que norme de consommation, explique Luis Pérez, nous n’avons pas d’autre choix que d’introduire une gène antifongique. Or il existe concernant les transgéniques de vraies réticences au niveau du consommateur et plus largement de l’opinion publique ».

Par ailleurs un travail de recherche est mené sur les bactéries fongicides. Les chercheurs tentent d’isoler ces bactéries pour formuler des bio-pesticides. Une autre manière de lutter contre la cercosporiose.

Pourquoi il est indispensable de ne pas re-contaminer les sols !

Même si la cercosporiose est présente sur un territoire, il est indispensable de le préserver de toute nouvelle infestation. « Les études de génétique nous permettent d’identifier l’origine et la diversité des champignons et donc de pouvoir dire d’où ils viennent, s’il y a plusieurs infestations ou une seule et de pouvoir mettre en place des mesures de contrôle, explique Dominique Martinez, Directeur Antilles-Guyane du Cirad. Réintroduire de nouvelles familles de champignons dans les différentes îles permettrait au champignon d’évoluer et de s’adapter aux mesures de lutte et de contrôle que nous mettons en place et notamment en termes de variétés résistantes ».

 

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