02 mai

La pêche au creux de la vague ?

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L’année 2017 a été marquée par plusieurs mobilisations des professionnels de la pêche pour des raisons liées à la vétusté des installations portuaires ou plus globalement à leurs conditions de travail.

Dossier pecheur1

La colère qui grondait au sein de la profession s’est fait entendre plus fortement le 23 octobre 2017. Ce jour-là, les marins pêcheurs ont installé des barrages en mer et sur les principaux axes routiers de la région Pointoise, dont le pont de la Gabarre. Un coup de semonce pour faire réagir les décideurs politiques après les pertes subies par ces marins-pêcheurs du fait du passage des ouragans Irma et Maria. Mais les professionnels de la pêche se mobilisaient également pour des questions liées à la structuration de la filière, aux dettes sociales ou encore aux indemnisations des matelots dans les zones impactées par la pollution à la chlordécone.
Six mois après ce coup de force, Charly VINCENT, Président du Comité Régional des Pêches Maritimes et Elevages Marins des îles de Guadeloupe, fait le point sur la santé du secteur.

A quoi a servi la mobilisation du mois d’avril 2017 ?

Je pense que cette mobilisation a surtout servi à réveiller nos politiques, ainsi que l’Etat sur une filière pêche qui était marginalisée. Cela a rappelé à tous que le poisson qu’ils mangeaient était produit par des gens qui vivent pleinement de leur activité, qui s'investissaient énormément pour pratiquer ce métier dans de bonnes conditions. Ils se sont également rendu compte que l’image qu’ils avaient du marin-pêcheur était faussée et que ce métier n’était pas une voie de garage. Ils ne pensaient pas que pour être pêcheur, il fallait avoir des diplômes, avoir un suivi comptable, que la pêche générait 35 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.
Cette mobilisation a aussi permis à rendre le pêcheur plus fier de son métier.

Qu’ont donné les rencontres que vous avez eu avec des membres du gouvernement ?

J’ai rencontré le ministre des Outre-mer au moins quatre fois, le Premier ministre Edouard PHILIPPE, puis le ministre de l’Agriculture et de la Pêche. On a rencontré tous les hauts responsables de la pêche au niveau national et à Bruxelles durant ces six mois. Jamais, auparavant, je pense qu'on avait eu autant de rencontres en si peu de temps. Je ne suis pas certain qu’elles vont toutes aboutir à ce que l’on souhaite mais en tout cas, aujourd’hui, on a le mérite de faire passer notre plan structurel, c’est-à-dire ce qu'on veut vraiment mettre en place pour la filière. Et au moment où l’on parle d’économie bleu, cette économie ne peut pas se développer sans la filière pêche. Il faut qu’elle soit structurée dans son ensemble. Nous devons renouveler la flotte, mais cela ne peut pas se faire sans coopérative de production, sans un centre de gestion agrée, sans formation des matelots et des capitaines.

 Quels engagements ont été pris pour les dédommagements post ouragans ?

Il y en a eu deux : celui de l’Etat et celui de la Région Guadeloupe. C’est l’engagement de la Région qui est le plus rapide avec la budgétisation de 1 million d’euros que le Comité des Pêches a décidé de partager avec l’ensemble de la profession et pas uniquement avec ceux qui avaient déposé des dossiers d’aides d’urgence après Maria.

L’un des problèmes posés après les pertes subies du fait des ouragans était l’absence de possibilité pour les pêcheurs d’assurer leur matériel de pêche. Qu’en est-il actuellement ?

A ce sujet rien à changer et en plus on a un élément perturbant qui arrive d’ici 2019, c’est la disparition de la caisse chômage intempérie. C'est un système qui nous permettait de cotiser 1 300 euros par an et d’être assurés d’un minimum de revenu pour les périodes où les conditions météorologiques ne nous permettent pas de partir en mer. Ce système va disparaître alors qu’il n’y a pas de calamité pêche nous permettant d’être remboursés sur les investissements réalisés. Nous nous battons pour avoir ce dispositif pour la pêche traditionnelle chez nous.
On se trouve aujourd'hui dans un cul-de-sac, notamment pour le redéploiement de notre matériel après des intempéries comme les ouragans. Il nous faut urgemment trouver un levier, car on n’est pas à l’abri d’ouragans cette année.
On ne pourra pas indéfiniment investir en mer et ne pas avoir de remboursements.

Où en sommes-nous du plan chlordécone 3 et des possibilités de reconversion offertes aux marins-pêcheurs impactés par cette pollution ?

Ce plan chlordécone 3 est vide.
Dès 2010, nous avons commencé à indemniser les pêcheurs et les premières réglementations d’interdiction de pêche, totale ou partielle, dans certaines zones sont sorties. Avec le plan chlordécone 2 il y a eu une série de mesures plus ou moins pas adaptées à la profession et aujourd’hui on se rend compte qu’on a pris des mesurettes et pas de véritables mesures drastiques pour la pêche, mais aussi pour l’agriculture, de façon directe, dont l’activité a eu des conséquences néfastes sur notre production. Les pêcheurs du croissant bananier devaient investir pour une pêche plus au large, mais faute de moyens financiers disponibles dans ce plan chlordécone 3, ils ne le peuvent toujours pas.

Où en est-t-on de l'éventualité de la création d'une interprofession ?

C'est ce qu'on souhaite avant la fin de notre mandat, c’est-à-dire en 2022. Cela devrait aller vite, car la Région souhaite mettre en place le Marché d’Intérêt Régional et la MAROPA (Maison Régionale des Organisations Professionnelles de l’Agriculture et de la Pêche). Nous avons précisé que l’on ne peut placer des produits de la pêche que s’il existe une coopérative de production. Cette coopérative de production permettra de donner naissance à l’interprofession. Rassembler l'ensemble de la production en un seul point nous permettra d'avoir une meilleure traçabilité et de pouvoir instaurer un prix du poisson qui correspond à la réalité du terrain. On vend notre poisson à perte, même si récemment, à force d’en parler, on a quand même une petite hausse des prix de certains poissons, surtout chez les mareyeurs.

Est-ce que la mise en place d’une interprofession pourrait permettre de développer un autre type de pêche ?

Oui ! Ça peut permettre d’avoir d’autres types de bateaux pour partir sur des marées plus longues. Le pêcheur qui est sûr que la vente de sa production sera assurée par la coopérative, pourra rester plus longtemps en mer. Ceux qui font du pélagique gagneraient deux jours par semaine. Cela nous permettra également de toucher d’autres cibles comme les restaurateurs qui auront l’assurance de toujours avoir des produits frais et de qualité. La coopérative mise en place à la Réunion a permis d'augmenter de 40 % le niveau de vie des marins pêcheurs artisanaux. Je pense qu’il peut en être de même chez nous, mais il faudra faire attention à ne pas faire de la sur-exploitation de notre ressource. Nous sommes très vigilants à ce sujet et il y aura une révision de la réglementation de la pêche professionnelle cette année.

Les chiffres clés de la filière :

Production moyenne 3 000 à 4 000 tonnes/an
Chiffre d’affaires annuel : 35 M€
Nombre de pêcheurs actifs : 624
Moyenne d’âge : 48 ans

 

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